Louis Braille (1809-1852)

Les mains comme traductrices du monde

Je suis né en 1809. Je vois le monde mais me blesse accidentellement à l’âge de trois ans, je perds la vue. Je n’ai alors que peu de souvenirs de ma perception.

Chanter pour ressentir l’espace autour de moi me permet de me déplacer.

Mais, ce n’est pas très discret je dois l’avouer.

Entendre les voix autour de nous sans pouvoir parfois nous représenter un visage reste quelque chose d’abstrait.

Comment donner couleurs, formes et images à la beauté ?

Mes parents décident de m’inscrire dans une institution pour que je puisse apprendre et travailler. A l’époque beaucoup d’aveugles, faute d’instruction, sont condamnés à mendier.

Comme la gravure inventée au 16ème siècle puis améliorée de supports en supports (bois, cuivre, pierre), nous apprenons avec l’aide de plaques de lettres en relief puis écrivons avec des matrices en creux. Un problème persiste. Il nous est impossible de relire ce que nous avons écrit et les livres sont très lourds.

Notre mémoire se développe à vue d’œil (plutôt drôle non ?), nous devons apprendre par cœur à la fois les morceaux de musique étudiés et nos lectures.

Avec Gabriel, mon grand ami de l’Institution, nous réfléchissons à des systèmes d’écritures.

Celui de Valentin Haüy a ses limites. Bien qu’elle représente une réelle avancée, la sonographie, invention du militaire Charles Barbier de La Serre aussi.

On représente les lettres et les sons par des points en reliefs excluant bon nombre de caractère.

Comment améliorer et surtout simplifier ce système ?

Nous souhaitons l’instruction au même titre que les autres.

A force de persévérance et de recherche durant 4 ans, je mets au point un système concret.

Avec six points en relief, j’arrive à obtenir soixante-trois combinaisons possibles pour représenter les lettres et sans envahir l’espace !

Les avis divergent mais mon système rassemble pour mieux faire converger autrui vers la connaissance pour tous.

On creuse le papier, la lettre ressort pointée en relief de l’autre côté.

Comme en gravure, la seule gymnastique est de penser et former les lettres à l’envers lorsque nous les écrivons avec l’aide d’une réglette percée de petits trous et d’un poinçon.

1829 : le directeur de mon institution Monsieur Pignier sort un premier livre avec ma méthode, il croit en moi. Le braille est né, je l’apprends aux autres élèves. Mon système fonctionne également pour la musique.

1854 : à présent, le braille est partout et adopté comme système officiel d’écriture pour malvoyants.

1950 : L’UNESCO (organisme international pour le développement de la culture) adapte le braille à toutes les langues de la planète.

1952 : je réside désormais au Panthéon aux côtés de grandes âmes ayant contribué à l’Histoire et l’amélioration de notre monde.

« Nos deux corps se parlaient en braille, les yeux au bout des doigts, nous savions lire dans toutes les langues. » Le dernier hiver de Louise Auger (2012)

Merci à Hadrien – créateur de la typographie Braille Highlight – collaboration avec ars in cute, l’art dans la peau. Cette typographie relève du souhait de sensibiliser à l’écriture braille en créant une lecture double des deux alphabets. Nordsix / www.nordsix.ch.

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